20 septembre 2026
LE SEAWATCH — LA MER COMME GRAND COULOIR DE MIGRATION Depuis la jetée du Clipon, observer, compter et photographier les oiseaux de passage
Le seawatch, littéralement « regarder la mer », est une façon très particulière de suivre la migration. Installé face au large, jumelles ou longue-vue à portée de main, l’observateur scrute sans relâche l’horizon. Rien n’est immobile : les vagues défilent, la lumière change, le vent pousse les oiseaux et, soudain, une ligne sombre apparaît au ras de l’eau. Macreuses, sternes, limicoles, plongeons, labbes ou cormorans passent parfois en quelques secondes. Il faut reconnaître une silhouette, un rythme de vol, une taille, une couleur, puis compter avant que le groupe ne disparaisse derrière la houle.
Je fais partie de l’association Le Clipon et c’est depuis cette jetée incroyable que j’ai appris à aimer cette discipline exigeante. Là, face à la mer du Nord, certaines journées semblent calmes, puis le passage s’anime brusquement : un vol de macreuses file au ras des vagues, des Sternes caugek coupent le vent, un Courlis cendré traverse la ligne d’horizon, tandis qu’un Cormoran huppé passe si près que chaque battement d’aile devient visible. Le seawatch apprend la patience, mais aussi l’attention au moindre détail.
Il ne s’agit pas seulement de « voir des oiseaux ». Les comptages répétés permettent de mieux documenter les flux migratoires, les périodes de passage et l’importance du littoral comme corridor. Chaque observation prend alors une autre dimension : elle appartient à un mouvement beaucoup plus vaste, reliant les zones de reproduction du nord de l’Europe aux quartiers d’hivernage de l’Atlantique, de la Manche, de la Méditerranée ou de l’Afrique.
Pour le photographe animalier, l’exercice est tout aussi passionnant. Photographier un oiseau marin en vol impose d’anticiper sa trajectoire, de suivre un sujet rapide au-dessus d’une mer mouvante et de composer avec le vent et les embruns. Mais quand l’oiseau se détache enfin sur la vague, l’image raconte à elle seule la puissance du voyage. C’est cela que j’aime au Clipon : être placé, pendant quelques heures, au bord d’une immense autoroute naturelle et voir passer, devant moi, une partie du monde sauvage.
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